Comptine de Noël pour un énarque.
Il était une fois dans le doux pays de France, un bailleur qui proposait plusieurs appartements à la location.
Comme la concurrence était rude, il eut l’idée géniale d’appâter les locataires potentiels en leur offrant de différer le paiement des loyers.
Ils ne paieraient chaque année que le loyer qu’ils auraient dû payer l’année précédente !
Séduit par cette offre, Ferdinand emménagea le 1er avril 2012 mais ne commença à payer son loyer de 700 € par mois pour les 9 mois de locations de 2012 qu’en 2013. C’était formidable, ces 6.300€ qu’il n’a pas payés en 2012 lui ont permis d’acheter une nouvelle télé, un lave-linge et même de partir avec sa femme, Louise, en vacance à Pétra, ce dont il rêvait depuis longtemps.
Ensuite, en 2014, il a payé comme il se doit les loyers mensuels de 2013 et chaque année suivante il a payé le loyer de l’année écoulée.
Cet appartement avec ce coup de pouce de 6.300€ lui a donné de la trésorerie et Ferdinand s’est félicité de son choix.
Et puis, cette aubaine de trésorerie ayant été épuisée, la vie de Ferdinand reprit comme par le passé. Et il se trouve qu’en octobre 2017 Ferdinand et Louise ont décidé de voguer chacun de son côté. Le divorce amiable ne posant pas de problème, ils ont voulu résilier leur bail, partager leurs maigres économies et partir chacun loger dans une résidence plus modeste.
Avec le temps, ils avaient peut être oublié les termes de leur bail mais pas leur bailleur qui leur rappelat que le loyer de 726€ par mois pour novembre et décembre 2016 restait à régler, et qu’ils étaient aussi redevables du loyer des 10 mois écoulés de 2017 soit 731€ par mois.
Douche froide ! La facture due à la résiliation du bail s’élevait donc à 8762€ !
Comme Ferdinand et Louise, Helena avait loué un de ces appartements en 2011 pour 550€ par mois et, comme eux, elle a bénéficié pendant plusieurs années de la trésorerie induite par le délai de paiement des loyers prévu au contrat.
Mais tout a une fin et celle d’Helena, due à une crise cardiaque en décembre dernier, a surpris Jules, son fils unique et seul héritier.
La surprise n’a pas été cantonnée à cette fin tragique quand Jules a découvert dans la succession une facture de 12x593€ soit 7.116€ correspondant aux loyers de 2018 encore impayés. Merci maman Helena.
Sale affaire pour Jules comme pour Ferdinand. Mais pour d'autres l'affaire s'est bien mieux terminée comme nous allons le découvrir ...
En 2018, une grosse société immobilière a voulu racheter tous ces appartements que le propriétaire avait décidé de mettre en vente. Avec la vente il y avait une créance de 153.522€ correspondant à tous les loyers impayés des locataires pour les 12 derniers mois. L’acheteur devait payer ces loyers au vendeur car c’est lui qui les récupèrerait finalement.
La société immobilière hésitait. La récupération n’était pas certaine, les contentieux pourraient être coûteux et seraient désagréables. Pourtant le lot d’appartements était intéressant. Que faire ?
Le directeur financier, brillant énarque, proposa une démarche originale aux actionnaires : Abandonnons l’idée d’une refonte informatique coûteuse pour pouvoir inclure dans nos système cette aberration comptable que personne ne nous envierait. Au contraire, il suffit d’abandonner toutes ces créances et leurs probables contentieux. Faisons de l’année écoulée une année blanche et ensuite ce sera le loyer du mois courant au lieu de l’arriéré que les locataires paieront. Mais le cash-flow de la société sera le même. Donc nous ne perdrons rien.
Séduits les actionnaires dirent banco en se réjouissant d’avoir embauché un énarque.
Dès lors tout allait pour le mieux pour ce bailleur. Quant aux locataires, ils avaient bien eu 12 mois gratuits ce que certains ont réalisé au moment de leur déménagement car ils pouvaient quitter les lieux sans la dette de 12 mois inscrite au contrat initial. Et les héritiers de ceux qui avaient fini leur vie sur place n'eurent pas de mauvaise surprise de 12 mois de loyer encore impayés.
Par contre Jules n’était pas content. Venant d’apprendre cette histoire il comprit que si Helena avait attendu la décision de l’énarque pour faire son AVC, lui, son fils, aurait 7.116€ de plus dans sa poche car tout l’arriéré des loyers de sa mère aurait été effacé !
Autre compte de Noël pour un contribuable.
S’inspirant de la célèbre comptine que je viens de relater, Dark Malin, ministre des contes publics, qui n’est pas plus bête qu’un énarque, a compris tout l’intérêt qu’il y avait a faire de 2018 une année blanche et d'instaurer, comme ailleurs sur cette planète, le paiement de l’impôt par prélèvement à la source l’année où il est dû et non pas l’année suivante.
A mon avis, c'est une bonne idée et contrairement à ce qui est dit et répété par d'éminents économistes-commentateurs de l'opposition, cela ne plombera pas la trésorerie serrée de tous les redevables. En effet, la grande majorité était prélevée mensuellement de 1/10ème de l'impôt dû et ce dès mi-janvier (donc sur la trésorerie du mois précédent), alors que maintenant on sera prélevé de seulement 1/12ème de l'impôt mais à partir de fin janvier sur la paie du mois. Seuls les éminents économistes de l'opposition considèrent que le moindre prélèvement (1,67% en moins) et le retard de 2 semaines peuvent plomber la trésorerie.
Même s'il n'en a pas parlé, c'est peut-être ce qu'il pensait quand M. Dark Malin a affirmé que cette réforme simplificatrice a quelques effets positifs pour le contribuable. Par contre, moi je n'ai pas compris lorsqu'il affirme qu'elle n'aura aucun impact négatif sur les finances publiques.
Mais M. Dark Malin était-il malin de nous laisser dans le noir quant au principal effet positif de cette réforme comme je l'explique dans la suite ? A moins que, comme l'énarque de la comptine, il ne savait pas tout ! Quant aux finances publiques, elles vont prendre une claque de 77 milliards d’euros mais ça non plus, il n'est peut-être pas assez malin pour le savoir.
Selon lui, on aurait donc le beurre et l’argent du beurre et l’OFCE (Office français des conjonctures économiques) qui est sérieux et indépendant, n’a pas dit le contraire dans son étude économique (publiée en juillet 2017) sur tous les impacts de cette réforme. Était-ce pour ne pas froisser M. Dark Malin ou bien l'étude émanait-elle d'un brillant énarque ? Le saurons-nous un jour ?
Et pourtant !
Avant cette réforme lorsqu’un contribuable passait de la vie à trépas, le fisc, comme le bailleur de la comptine précédente, se précipitait chez le notaire pour présenter la facture de la partie des impôts de l’année antérieure encore impayée par le défunt, donc à la charge de la succession. De même, la succession lui était redevable des impôts pour l’année en cours, selon la déclaration que cette succession devait faire à la place du défunt.
Mais maintenant, avec cette réforme, le fisc fait cadeau aux héritiers de cet arriéré d’impôts.
Par exemple, le Jules de la comptine ci-dessus, aurait dû aussi payer ces impôts relatifs aux revenus de sa mère, Helena, si, comme d'autres, elle était décédée en 2017 ou avant. Mais comme elle a eu la bonne idée de trépasser fin 2018, Jules ne devra rien au fisc.
Cette aubaine bénéficiera aussi à tous les héritiers de contribuables dont la dette fiscale de 2018 a été effacée et ce quelle que soit l’année du décès.
Ainsi l’année blanche 2018 étant passée, je n’ai donc pas été imposé à ce titre. Et maintenant, je vais payer les impôts que je dois au fur et à mesure de mes revenus mensuels. Aussi, quelle que soit l’année de ma mort, dorénavant je serai à jour de mes impôts et mes héritiers n’auront pas à payer l’arriéré de 12 mois du système précédent. Mieux, si je meurs en milieu d’année après avoir payé 6 mois au rythme annuel, je vais certainement passer à une tranche inférieure voire ne pas être imposable du tout et le fisc remboursera le trop payé à mes héritiers.
Cet avantage n’est pas acquis au 48% d’entre nous qui sont imposables en 2018 car il ne bénéficiera qu’aux héritiers, que ces derniers soient eux-mêmes imposables ou non.
Grosso modo, au fil des années et jusqu’au décès du dernier contribuable de 2018, le fisc aura perdu des rentrées fiscales cumulées de l’ordre de 77 milliards d’euros ce qui correspond peu ou prou à l’impôt qui aurait été collecté si cela n’avait pas été une année blanche.
Mais si vous ne devenez imposables qu’après l’année blanche, donc seulement en 2019 ou plus tard, l’année blanche ne vous concerne pas et lorsque vous tirerez votre révérence vous serez à jour de vos impôts, donc pas de bonus fiscal pour vos héritiers.
Comme quoi, lorsqu’un ministre parle il vaut mieux détourner son oreille sept fois dans le vent pour ne pas l’écouter.
Post scribouillium
Me suis-je laissé aller à faire croire que seuls les éminents économistes qui parlent dans le poste, comme l’Opposition (avec un grand Oh) ou comme Darmanin (un grandet) confondent la litote et l’erreur patente quand ils parlent d’économie ? Telle n’était pas mon intention, on peut trouver beaucoup d’autres exemples de la mauvaise foi économique, qu'elle soit involontaire ou destinée à nous influencer.
Par exemple, les journaux économiques et le CESU (Chèque emploi service universel) nous répètent que le salaire net des employés de maison doit obligatoirement augmenter puisque le gouvernement a supprimé la cotisation chômage de 0.9%.
Ils ont raison de vouloir le dire car si on les écoute, on donne un coup de pouce au pouvoir d'achat et au moral des bénéficiaires.
Mais c’est faux et leur plaidoyer est malhonnête.
En effet, la cotisation chômage a bien été supprimée. Il est donc normal de ne plus déduire du salaire brut le montant correspondant. Mais pourquoi les mêmes communicants se sont-ils abstenus de signaler que l’augmentation de 1,7% de la CSG devait elle aussi être déduite du salaire ?
Je suis employeur occasionnel d’une aide ménagère et le CESU ne m’a envoyé aucun message aussi catégorique disant que je devais obligatoirement retrancher 1,7% du salaire net de mon employée.
La vérité, n’en déplaise au CESU et aux journaux économiques divers qui ont repris la désinformation officielle, c’est que à salaire brut inchangé,
· l’employeur doit réduire le salaire net suite à l’augmentation de la CSG mais aussi
· l’augmenter du fait de l’absence de cotisation chômage.
Résultat pour le salaire net : 1,7% de moins et 0,9% de plus cela fait quand même 0,8% de moins en net.
Ainsi, quoiqu’en disent les économistes de la sécu, un salaire brut qui donnait un net de 10.00€ avant donnera obligatoirement dorénavant un net de 9,92€ après.
Donc, conformément, vous pouvez baisser ce net mais rien ne vous oblige à le faire et surtout rien ne vous oblige à vous plier aux injonctions malhonnêtes du CESU.
Bonus, un jeu interactif ludique :
‘’Le Journaliste d’investigation’’
Ce jeu, amusant et instructif, est conçu pour les journalistes économiques de la télé et pour leurs concurrents, les porte-paroles politiques.
Il ne nécessite aucune connaissance préalable et il est à la portée de tout joueur muni d’une loupe (non fournie).
Ce jeu d’investigation solitaire est une énigme que le joueur doit résoudre avec seulement la loupe (non fournie) et ses neurones (non fournis).
But du jeu :
Il s’agit de trouver l’impact négatif exact du prélèvement à la source sur les français les plus riches.
Trame du jeu :
Clémence est une riche française qui gagne 5.000€ par mois et doit donc payer 12.000€ d’impôts par an. Elle dispose de 3.000€ quand le jeu commence.
(Note : vous pouvez aussi tenter de résoudre l’énigme avec d’autres montants mais il faut toujours choisir des montants correspondant à des français très riches car, comme il s’agit d’une énigme relative au prélèvement à la source, la majorité des français qui ne sont pas imposables, n’est pas du tout concernée par le prélèvement à la source ce que les éventuels joueurs ont oublié de préciser quand ils ont parlé dans le poste).
On ne tient compte que du salaire et des retenues fiscales car les autres dépenses identiques pour toutes les options n’ont aucune influence sur la question posée.
Le joueur doit utiliser sa loupe pour examiner les tableaux fournis et trouver au moins une date pour laquelle le prélèvement à la source crée une difficulté de trésorerie qui n’aurait pas existé sans ce changement.
Muni de sa solution, le joueur peut se précipiter devant la caméra de sa chaîne d’info pour maintenant nous expliquer avec force détails ses affirmations précédentes.
Vous n'avez pas trouvé ? Voici des indices :
Les situations où la trésorerie est la meilleure sont inscrites sur fond vert.
Celles où la trésorerie est la moins bonne sont inscrites sur fond bleu.
Mes dites, méditez cela :
De Gaulle a dit : Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe 258 variétés de fromage ?
Et j’ajoute : Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe quelques 150.000 rond-points
mais qui n’a eu que 3 prix Nobel d’économie ?
En France, les économiste ont certes un gentil rôle mais seulement en temps que faire-valoir.
(Ne cherchez pas à m’éditer, ce blog me suffit !)