Pourquoi cette critique systématique du kinkénat ?
La constitution de 1958 fixait le rôle législatif des assemblées et ensuite l’élection du président de la république au suffrage universel ne l’a pas affecté.
Mais ensuite, l’idée du kinkénat c’était d’organiser des élections législatives dans la foulée pour assurer le président d’une majorité lui permettant de mettre en œuvre le programme pour lequel il aura été élu.
Cette idée paraissait séduisante mais sa mise en œuvre pendant les 4 kinkénats passés à démontré ses faiblesses et une dangereuse dérive vers un régime autoritaire d’un président tout puissant.
Comme la majorité des députés qu’on accorde ainsi au président dépend du bon vouloir de celui-ci pour sa réélection, on constate que cette majorité est devenue relativement servile.
Comme elle est ancrée pour 5 ans la monarchie présidentielle est inébranlable et quelles que soient les erreurs ou les dérives de l’exécutif, un gouvernement d’opposition n’est pas envisageable.
Ainsi depuis 20 ans le gouvernement est choisi par le président et automatiquement approuvé par l’assemblée. Et, comme prévu, ce gouvernement travaille sous l’autorité du président pour mettre en œuvre le programme du président. En fait, dans ce régime présidentiel le gouvernement ne fait que ce que le président veut faire et si le président est mal conseillé, mal préparé, voire incompétent, dans quelque domaine où des décisions durables ou importantes pour la nation doivent être prises, la catastrophe est maintenant inscrite dans la constitution.
De mon point de vue, le kinkénat est critiquable car il fait du président jupitérien un monarque trop puissant dont les faiblesses, les erreurs et les maladresses --humaines donc inévitables-- sont à l’abri des sanctions du peuple pendant tout le kinkénat.
Du temps des septennats les pouvoirs étaient mieux équilibrés.
En 1997 quand Chirac a dissous l’assemblée pour s’affranchir de la critique du peuple pour le reste de son septennat, espérant éviter ainsi la sanction démocratique, le peuple a parlé et pendant les 5 ans restants de ce septennat le gouvernement Jospin a pu gouverner dans l’intérêt de la France sans se soucier des décisions que Chirac aurait prises pour favoriser sa propre réélection.
De même, en 1986 et 1993, à l’échéance de la mandature précédente, le peuple a choisi un gouvernement d’opposition qui a pu, pendant 2 ans s’efforcer de corriger les erreurs de Mitterrand.
Ces caractéristiques du septennat atténuent donc le pouvoir du président, libèrent les députés de la majorité et font prendre conscience au président qu’il aura des comptes à rendre.
Pourquoi l’élection de Le Pen changerait quelque chose dans ces critiques ?
Cela ne changerait rien sur le long terme. Cependant, il parait probable que cette élection, contrairement aux précédentes ne provoquerait pas un raz-de-marée électoral donnant la majorité des députés au président élu.
Il semblerait plutôt que cette élection permettrait au RN d’obtenir quelques députés de plus mais que la quasi-totalité de l’assemblée resterait partagée entre la gauche, la droite et un reliquat du en même temps.
Il s’ensuivrait un gouvernement de cohabitation sur lequel Le Pen n’aurait pas d’autorité, qui devrait donc agir pour répondre aux attentes du peuple qui aura élu Le Pen mais sous le contrôle des députés qui voudront eux être réélus.
Oui mais avec la guerre d’Ukraine on avait Macron comme chef des armées et Le Pen risque de ne pas être à la hauteur.
Dans la guerre d’Ukraine la France n’a pas engagé son armée.
Certes la présidence tournante de l’Europe a mis Macron sur le devant de la scène pour 6 mois mais ce ne sera pas le rôle du président de la France, quel qu’il soit, dans les 5 années suivantes.
D’ailleurs, si Macron semble se féliciter de ses nombreuses heures de palabre avec Poutine, d’autres peuvent regretter qu’il n’ait pas œuvré pour éviter cette guerre qui n’aurait pas eu lieu si, comme l’avait demandé Poutine, on l’avait assuré que l’OTAN n’avancerait pas en Ukraine jusqu’à la frontière avec la Russie.
D’ailleurs, après que Poutine ait détruit la moitié de l’Ukraine, Zelenski dit que pour arrêter cette guerre il est maintenant d’accord pour ne plus réclamer son adhésion à l’OTAN.
Mais sur les sujets plus proches de nous on dit que Le Pen manque d’expérience …
C’est incontestable. Mais à la différence de Macron qu’on a élu alors qu’il manquait d’expérience il y a 5 ans, pour ce kinkénat on a le choix
entre un Macron maintenant expérimenté qui décidera de tout
et une Le Pen inexpérimenté mais qui ne décidera de rien !
Qu’elle soit à l’Elysée comme la reine d’Angleterre à Buckingham Palace ne devrait pas nous déranger.
Les démocraties voisines ont bien un roi ou un président d’apparat qui n’entrave pas la gestion du pays.