D’abord examinons le problème de la crise et des banques.
Comme je l’ai évoqué dans mon pamphlet précédent sur le sujet (L'État a-t-il vraiment secouru les banques ?), en période de crise les banques sont tenues par la réglementation de réduire leurs encours de crédit. En effet, les ratios de solvabilité dits ‘‘ratio Cooke’’ mis en œuvre en 1992 par le gouvernement Bérégovoy, obligeaient une banque à limiter l’ensemble des crédits consentis aux ménages et aux entreprises afin qu’ils ne dépassent pas 12,5 fois les fonds propres de la banque. En période de crise, alors que les demandes de crédit deviennent plus pressantes, les fonds propres des banques baissent et elles sont tenues par la loi de réduire les crédits. Par contre, les dépôts stables dont elles disposent ne baissent pas autant et les banques se trouvent ainsi avec des liquidités inutilisées. Ceci n’est pas tout à fait exact, ce ‘‘ratio de solvabilité’’ sensé réduire les excès des banques en matière de crédit ne s’applique qu’aux prêts consentis aux entreprises et aux particuliers. Les banques peuvent placer leurs excédents de liquidités sans limite auprès des collectivités locales (comme la ville d’Angoulême ou celle de Nîmes) ou aux États (comme la Grèce ou l’Irlande).
C’est donc l’État qui, ayant contraint les banques à réduire les prêts aux entreprises, les a encouragées à prêter aux organismes publics en difficulté.
En 2008, pour contourner ses propres règles et redonner aux banques l’autorisation de prêter, l’État français avait provisoirement augmenté les fonds propres des banques en se rémunérant grassement au passage. En 2011, le problème ressurgit, mais, contrairement à 2008, l’État n’a plus les moyens d’intervenir : il a injecté quelques 400 milliards dans l’économie pour tenter de relancer la machine, ce qui fait que la dette de la France a explosé et que la moindre dépense supplémentaire remettrait en cause la notation du pays avec pour conséquence une aggravation de quelques 10 milliards des intérêts sur la dette alors que ces derniers représentent déjà la coquette somme de 42 milliards, un des postes les plus importants du budget. Mais la crise aggravée dans la zone euro est elle vraiment liée à cela ? Peu-on blâmer les banques de cette crise parce qu’elles ont prêté à la Grèce ? Si la Grèce est un mauvais risque deux questions viennent éclairer la responsabilité des banques : ·
- La Commission Européenne et les État membres ne sont-ils pas coupables de n’avoir rien fait alors que ce pays trichait allègrement sur son bilan, ses budgets et sa dette ? ·
- La France de Mitterrand n’a-t‘elle pas sa part de responsabilité dans la mise en œuvre d’une zone euro comprenant les pays du sud, alors que l’Allemagne de Khôl prônait une zone limitée aux pays du nord, seuls susceptibles de respecter les critères de stabilité financière ?
Maintenant voyons les solutions miracles de notre futur gouvernement
Mieux que les autres candidats à la candidature, Martine semble maîtriser la solution consistant principalement à séparer chaque banque en deux : d’un côté la banque traditionnelle et de l’autre la banque dite d’investissement, activité qu’elle juge spéculative et dans laquelle on cantonnerait toutes les erreurs du passé.
On peut juger la pertinence de cette méthode car elle a déjà fait ses preuves :
- Aux USA, où cette séparation avait été instaurée en 1929 chaque banque était cantonnée à un seul de ces types d’activités. Et si la règle a été assouplie depuis 40 ans, il restait encore des banques spécialisées comme Lehmann Brother. Et cette séparation n’a pas empêché la crise de 2008 de prendre corps avec la faillite de cette banque.
- Plus près de nous, il y a le Crédit Lyonnais, banque nationalisée et contrôlée par l’État que le contribuable avait sauvé de la faillite en lui prenant toutes ses casseroles.
Si Martine réussit à faire passer cette séparation, chaque actionnaire d’une banque recevra alors une action pour chacune des deux entités distinctes : ·
- Une pour la banque traditionnelle. Libérée des risques de crédit en cas de défaut de la Grèce, cette action prendra de la valeur. ·
- L’autre pour la banque d’investissement qui concentrera sur elle les humeurs de la bourse quant aux risques de défaut des pays de la zone euro.
Certes, dans ce cas l’État qui n’en a pas les moyens n’aurait pas à secourir cette deuxième banque, mais sa chute suivant celle hier de Lehmann Brother, sonnerait certainement le glas de l’économie de l’Europe toute entière. Pourtant le PS affirme que c’est LA solution.
Accessoirement, il est proposé de taxer les banques. Cette initiative résoudra-t’elle le problème ? NON !
Bien que le PS ait promis de ne pas augmenter les impôts, taxer les revenus en France est le seul moyen pérenne de générer les recettes de l’État nécessaires pour financer ses dépenses. Si les recettes sont insuffisantes il est certes plus facile de taxer les entreprises que les particuliers, puisque les entreprises ne votent pas. Mais pourquoi taxer seulement les banques ? Pourquoi ne pas taxer toutes les entreprises qui ne peuvent pas délocaliser, comme la grande distribution par exemple ? Même si l’État confisquait tous les profits bancaires ce qu’il pourrait faire en les renationalisant toutes, cela n’épongerait pas le déficit du budget de la France. Mais nationaliser le PS n’y pense même plus car pour ce faire il faut avoir des sous, et des sous y en a pas ...
FIN 22 septembre 2011