Croissance et emplois.
Selon les dernières statistiques de l’INSEE la population dite ‘active’ de la France compte 28,7 millions d’individus dont
2,8 millions sans emploi,
5,5 millions dans la fonction publique et
23,2 millions dans le secteur privé y compris les emplois à temps partiel.
Comme les finances publiques ne permettent plus de créer des emplois aidés pour résorber le chômage,
la variable emploi repose essentiellement sur le secteur manufacturier et le secteur marchand.
Le chômage augmente ou diminue donc avec l’évolution de 23,2 millions d’actifs du secteur privé.
Comme le vivier de personnes employables augmente d’environ 150 000 individus par an
avec l’évolution de la démographie française, la création de 150 000 emplois nouveaux par an,
soit 0,65% de ces actifs, permet de maintenir le chômage à son niveau actuel.
Par ailleurs, la croissance de l’activité manufacturière et marchande est également source d’emplois.
Cependant, à effectif constant, les gains de productivité constatés
montrent que la production et les services augmentent d’environ 1% chaque année.
En résumé, cela signifie que, dans la situation actuelle de la France, une croissance de 1,65%
permettrait d’absorber ces augmentations (0,65% de nouveaux entrants sur le marché
et 1% environ de gains de productivité) sans réduire le nombre de chômeurs !
Mutations technologiques et emplois.
La révolution technologique est en marche et nous n’en voyons que les prémisses.
Des progrès spectaculaires sont déjà banalisés, par exemple :
chirurgie non-invasive permettant des opérations du cœur en ambulatoire,
sonde interstellaire autoguidée lancée à la poursuite d’une comète en mouvement,
chaînes de production d’automobiles largement robotisées,
révolution logistique du secteur marchand dont Amazon a été le pionnier,
etc. etc.
Cette révolution technologique change rapidement notre marché de l’emploi et, aujourd’hui,
on peut craindre ou espérer que les Charlots des Temps Modernes soient progressivement remplacés par des robots sur les chaînes de production.
Les viviers d’emplois de demain migreront donc loin des chaînes de production.
Certes il y aura toujours, et même de plus en plus, d'emplois hautement qualifiés
pour concevoir les ensembles technologiques précités qui révolutionneront l’industrie et l’agriculture de demain.
L’enseignement dispensé dans nos écoles et nos université devra donc relever ce défi technologique.
Mais si on a moins besoin d’ouvriers qualifiés pour monter une bagnole,
il faudra quand même en trouver un qui sache la réparer le cas échéant.
Seuls les emplois de service semblent donc présenter des perspectives de croissance significatives
face à la perte d’emplois inéluctable dans le secteur manufacturier.
Et tout ça c’est sans tenir compte des délocalisations !
Perspectives de croissance.
Le constat largement consensuel des économistes français c’est que la France,
pour préserver son modèle social et le mode de vie que nous connaissons aujourd’hui,
devra s’accommoder d’une croissance très modeste, ne dépassant pas 1%.
Espérer plus sans changer profondément les caractéristiques de notre société
afin de conquérir des marchés extérieurs sur lesquels nous ne sommes pas compétitifs,
est une utopie qu’il ne serait pas raisonnable de colporter.
Quoiqu’en dise les démagogues et les incompétents,
personne ne prévoit que la croissance reviendra à 2% ou plus et nous nous devrons donc
adapter notre société à cette situation économique génératrice de chômage.
Et la politique dans tout ça ?
Si ces analyses paraissent raisonnables alors la France doit œuvrer pour tenir compte de la possibilité qu’elles s’avèrent justes.
Nos politiques devraient donc pondérer ces questions :
Au lieu de se féliciter que la population augmente en France alors que ce n’est pas le cas de nos voisins,
car nous aurons la relève pour payer les retraites des actifs d’aujourd’hui,
il vaudrait mieux noter que cette augmentation de la population va augmenter le nombre des chômeurs
et pas celui des cotisants, sauf à créer des aujourd’hui les conditions de leurs emplois dans le cadre des mutations technologiques précitées.
Il parait donc urgent d’orienter l’éducation dispensée par l’État afin que les formations inutiles et coûteuses
qui sont encore nombreuses, laissent place à celles qui seront utiles demain.
Il est temps de reconnaître que pour préserver notre modèle social il faudra s’accommoder d’une croissance atone
et cesser de raconter, comme le font les politiques d’hier et d’aujourd’hui (cf. les discours récents de Hollande)
que nous allons avoir une croissance satisfaisante l’an prochain (c’est toujours l’an prochain) et qu’elle sera créatrice d’emplois.
Quand comme Hollande aujourd’hui, nos politiques ont la pêche
et se félicitent des perspectives de carrière que la situation de la France semble leur offrir,
la France et les français ont des raisons de s’inquiéter car les lendemains des français
risquent de ne pas chanter autant que ceux de ces politiques.
On ne guillotine plus les menteurs et les incompétents sur la place de Grève.
Bonjour tristesse !