Il est navrant que la gouvernance de l’UE ait été inventée par des gens qui n’avaient aucun sens pratique. Et il est encore plus navrant que le modèle choisi ait été répliqué pour la zone euro.
Cette situation est à l’origine de tous les dangers pour la zone euro.
En effet : Comme il était impensable que les États abandonnent leur souveraineté nationale pour confier leur destin à un organisme supranational pour lequel ils n’avaient aucune empathie, les pères fondateurs ont eu l’idée d’appâter les pays candidats en leur permettant de partager les bénéfices de ce magnifique projet sans se défaire de leur autonomie ni de leur indépendance.
Le résultat c’est une prise de décision à l’unanimité à 27 pour l’UE et à 17 pour l’euro zone.
En temps normal, ce mode de gestion crée un frein stupide à la décision politique qui gêne la dynamique indispensable à l’essor de l’union. Mais ce frein est facilement contourné par des réglementations concoctées par d’ingénieux fonctionnaires soucieux de lever tous les obstacles. C’est ainsi que nous voyons prospérer l’usine à gaz UE.
Mais en temps de crise, lorsque les intérêts divergents des membres de l’union prennent une dimension majeure et un caractère politique fort, aucune réglementation technique ne saurait se substituer à la décision des États. Dans ce cas, l’Allemagne et la France peuvent proposer la marche de l’union qu’ils estiment la mieux à même de résoudre le problème du moment mais c’est l’unanimité qui décidera de la suite.  

 La Slovénie, un cas d’école :
Après les élections régionales Outre-Rhin, l’Allemagne a rejoint la France sur la nécessité de doubler la mise du Fond Euro(péen) de Stabilité Financière (FESF).

S’agissant d’une décision de la zone euro, il faut donc l’accord des 17 membres de cette zone.
Comme la Slovénie avait voté contre cette augmentation, il y a eu des pressions considérables des autres et le parlement slovène est revenu sur sa décision. Ouf !
Cela illustre bien le problème : la France et  l’Allemagne peuvent estimer que leur intérêt supérieur est de préserver l’euro, cet intérêt ne sera satisfait que si la Slovénie partage leur point de vue.
Or la Slovénie n’est pas la France :
Comme elle vient juste de se convertir à l’euro en 2007, sa dette, relativement plus modeste n’est pas totalement souscrite en euros, ce qui atténuerait l’effet négatif d’une sortie de l’euro avec dévaluation concomitante du tolar.
Mais la Slovénie n’est pas non plus l’Allemagne :
La fin de l’euro ne compromettrait pas son commerce avec ceux de ses principaux partenaires européens qui souffriraient comme elle d’une dévaluation modeste. Par contre ses exportations vers l’Allemagne seraient bonifiées par un taux de change favorable alors qu’elle souffrirait dans les échanges avec ses partenaires commerciaux les plus touchés par la fin de l’euro (Italie et France  probablement).
On voit donc que la Slovénie n’est pas encore vraiment prisonnière de l’euro et que, en maintenant son vote contre l’augmentation du FESF, elle aurait pu décider de la fin de l’euro.
L’analyse que nous pouvons faire de la propre perception de la Slovénie quant à son intérêt national, montre que la solidité de cette union est loin d’être à toute épreuve.
Certes la Slovénie a été mise au pas.
Mais que penser d’une union qui dépend aussi tout autant pour sa survie de la décision positive de l'Estonie ? Idem pour la Lituanie, la Lettonie, et même de la décision de Malte et de celle de Chypre ?
Peut-on raisonnablement croire que chacun de ces pays saura toujours sacrifier ses intérêts immédiats, qu’ils soient économiques ou politiques, sur l’autel de la construction commune ?  

La conclusion qui s’impose c’est que la zone euro comme l’UE est, en l’état, une construction difficilement viable.
Les pères fondateurs ont choisi la facilité consistant à préserver la souveraineté nationale des États membres au mépris de l’efficacité et de la durabilité des nouvelles institutions. Pour ce faire, ils ont remis à un plus tard improbable une construction démocratique pérenne. Ils sont donc coupables de haute trahison et ils sont les premiers responsables du marasme actuel et des risques qui en découlent.    


L'aphorisme du jour :

Avec la coupe du monde de rugby et l’Euro 2012 en foot, on voit que les commentateurs sportifs ont un talent rare qui leur permet de parler des heures pour ne rien dire.
Comme ils sont religieusement écoutés par beaucoup et entendus par presque tous, celui qui se lancerait dans la politique aurait un succès garanti !
JM

FIN  17 octobre 2011