Villepin a inventé une histoire crédible pour nous expliquer comment la France a su éviter de se mêler à ce désastre.
Je ne saurais lui reprocher de promouvoir une image noble et poétique correspondant à l'idée qu’il se fait de lui-même. Mais comme personne n'a voulu rétablir la vérité, il est de mon devoir de tout vous dire.
Contexte précédent l'invasion de 2003 :
Il ne fait aucun doute que Baby Bush voulait montrer à Papa Bush qu'il était capable de finir le boulot que son père n'avait pas su achever en 1991. Il y avait de nombreux intérêts américains en jeu : approvisionnement en hydrocarbures, lutte contre le terrorisme et surtout géopolitique dans les pays du Golfe. L'ambition secrète américaine étant d'y installer un important dispositif militaire permanent menaçant l'Arabie Saoudite --cet allié qui finance le terrorisme islamique--, l'Iran, la Syrie et la Lybie. Ce dispositif renforçant une présence insuffisante en Turquie où, en outre, les marges de manœuvre sont limitées.
En janvier et février 2003, Hans Blix qui était chargé par l'ONU d'enquêter dans le cadre de l'AIEA, sur l'armement nucléaire en Irak, se plaignait du manque de coopération flagrant de l'Irak qui disait-il "jouait au chat et à la souris'" avec lui.
Cependant, son rapport à l'ONU comme celui de Mohamed El Baradei --le patron de l'AIEA-- indiquait qu'un nouveau programme nucléaire irakien était peu probable.
Ne tenant pas compte des éléments rassurants de ces rapports les américains affirmaient que la mission de désarmement nucléaire de 1991 n'avait pas fini son travail et que sur ces bases Saddam Hussein avait repris sa course à l'arme atomique. Ils ajoutaient qu'il est impératif de pouvoir poursuivre la mission actuelle comme définie par la résolution 1441 du Conseil de Sécurité de l'ONU mais que l'Irak violait cette résolution comme d'ailleurs toutes les résolutions précédentes..
Les USA ne demandaient alors rien d'ôtre que l'application de cette résolution d'inspection..
[Il s'agit bien d'armement nucléaire. Bien qu'on entende souvent dire que Saddam n'avait pas d'armes de destruction massive les faits sont différents :
• Il avait mis en œuvre un programme nucléaire dans les années 1980 que l'ONU a démantelé en 1991 (partiellement selon les américains) et
• Il a été jugé responsable du génocide Kurde (D'après le Tribunal spécial irakien, 182 000 civils ont été tués et plus de 2 000 villages détruits. D'après Human Rights Watch, 90 % des villages de la région cible ont été rayés de la carte et 1 754 écoles et 270 hôpitaux détruits) ]
La chronologie des évènements de 2003 :
• 27 janvier Hans Blix se plaint que l'Irak ne laisse pas l'AIEA enquêter .
• 05 février El Baradei dit que si l'ONU condamne cette attitude unanimement Saddam cédera. (C'était la répétition d'un scénario précédent où, chaque fois, Saddam avait résisté autant que possible aux pressions avant de céder).
• 14 février Villepin explique en termes diplomatiques que la France usera de son droit de véto à l'égard de toute proposition de résoudre le problème par voie militaire.
• 20 mars la coalition menée par les USA envahit l'Irak.
Mon analyse :
Avant l'intervention de Villepin du 14 février
le scénario le plus vraisemblable était PAS DE GUERRE :
Forts de leurs expériences passées les responsables de l'AIEA estimaient que Saddam allait céder pour autant que l'ONU présente un front commun. On peut donc imaginer que ce front commun fasse fléchir Saddam donc que les inspections puissent aller à leur terme pour confirmer les premiers éléments rapportés par l'AIEA : pas de programme nucléaire en Irak.
Dans ce contexte, quelles que soient leurs velléités guerrières, les américains n'auraient eu aucun prétexte pour envahir l'Irak. Néanmoins, s'ils avaient quand même voulu le faire ils n'auraient pas pu le justifier auprès de leurs alliés donc pas de coalition et pas de soutien logistique (droit de survol des pays, atterrissage, ravitaillement en carburant, utilisation de leurs bases en Espagne, UK, Allemagne et Turquie) rendant la dite guerre pratiquement impossible ! En outre, seuls contre l'ONU, les américains auraient pris un risque disproportionné de s'aliéner la communauté interbationale.
Après l'intervention de Villepin :
Le message de la France était on ne peut plus clair et Saddam devait l'avoir compris :
(i) Le front commun réclamé par l'AIEA n'existait pas (d'ailleurs les russes et les chinois étaient eux aussi critiques mais pas au point de faire jouer leur propre véto)
(ii) Saddam pouvait continuer sa résistance encore quelques temps la France lui garantissait que l'ONU interdirait aux USA de mettre en œuvre leurs menaces.
Ainsi grâce à Villepin Saddam a pu démontrer que les américains avaient raison de dire qu'il violait la résolution 1441
et grâce à Villepin les américains avaient un prétexte pour mettre en place une coalition suffisamment importante pour pouvoir envahir l'Irak sans l'aval de l'ONU.
Villepin aurait attendu 8 jours pour vérifier que l'AIEA avait raison ou tort et que Saddam allait céder ou pas et l'avenir du monde aurait été changé !
On ne saura jamais si Villepin est un idiot qui n'avait pas analysé la situation ou si, répondant à une demande de Bush, la France a provoqué les conditions qui donnaient aux américains le prétexte indisensable pour engager cette guerre.